Bilan d’activités année 2016

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Monsieur le Gouverneur, bonjour

Vous avez été Ministre dans plusieurs Départements (Télécommunication, Transport, Habitat) et depuis une année, Gouverneur et Président du Conseil de Ville de Conakry. Quelles différences avez-vous ressenties à ces niveaux de responsabilités ?

Merci tout d’abord de cette occasion pour encore parler aux citoyens de Conakry, et à delà à la Guinée. La gestion d’une ville et d’un ministère relève de deux logiques différentes, même si à titre personnel, les expériences antérieures nourrissent celle d’aujourd’hui. Vous savez, j’ai toujours privilégié le terrain. Néanmoins, à ce poste actuel, on a l’impression d’être plus au contact avec les réalités que vivent les citoyens, dans leur transversalité.  Avec un ministère, on est sectoriel, mais en ce moment, je travaille avec tous les ministères et sur tous les sujets qui préoccupent les populations de Conakry, grand ou petit, pour satisfaire un besoin donné. Je dirai aussi qu’avec l’action locale, on voit au plus vite la portée des décisions prises, et ce contact direct avec le terrain, peut nous assurer aux décideurs que nous sommes des retours intéressants pour améliorer sans cesse la démarche de conduite des actions. Le local de ce fait reste un laboratoire de l’action publique.

Monsieur le Gouverneur, depuis des années, la gestion des déchets reste problématique à Conakry. Après une année à la tête du Gouvernorat, quelles approches de solutions aujourd’hui tirez-vous de cette expérience ?

La vérité, c’est que cette question ne se règlera pas à coup de baguette magique. Cette année m’a appris des choses dans ce domaine : il faut avoir une vision globale sur la production, le transfert et la valorisation des déchets pour imaginer des politiques publiques adaptées aux besoins du terrain.  De toute urgence, il faut déjà traiter la question de la décharge de la Minière, de l’avis de tous, elle n’est plus adaptée pour des raisons techniques, écologiques et sociales. Il faut ensuite travailler à une production responsable des déchets en développant le tri sélectif sans oublier leur valorisation.  Aujourd’hui, plusieurs expériences en Afrique et ailleurs prouvent que le déchet est une ressource. Il est donc impératif de développer les filières de recyclage pour donner une nouvelle vie à la plupart des choses que nous jetons tous les jours. C’est normal que l’on parle de Conakry, c’est la Capitale, mais à regarder de près, c’est toute la Guinée qui est concernée par la prolifération des déchets avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et la santé de nos concitoyens. Voilà pourquoi, en la matière, il faut privilégier des approches globales impliquant tous les acteurs (publics et privés) mais aussi les citoyens car chacun de nous peut par un comportement plus responsable contribuer d’abord à produire moins de déchets.

Du 20 décembre 2016 au 05 janvier 2017, la Ville de Conakry a été illuminée et les activités récréatives organisées pour les jeunes et les enfants de la Capitale à travers l’évènement « Conakry Ville Lumière ». Quel est le sens de ce concept et comment comptez-vous pérenniser cette initiative ?

Il s’agit d’une première et l’objectif est bien évidemment d’en faire à chaque fin d’année. C’est une façon pour la Ville de Conakry de communier avec ses habitants, de marquer ce passage à la nouvelle année comme dans plusieurs villes du monde. Cela se fait à Dakar, à Abidjan pour ne citer que celles-là. Pour pérenniser un tel évènement, il faut l’inscrire dans le budget de la Ville, mobiliser les services techniques et aller convaincre des entreprises pour le sponsoring.

En tant que Président du Conseil de Ville de Conakry, quelles relations entretenez-vous avec les Présidents des Délégations Spéciales des communes de Conakry ?

Depuis ma prise de fonction, le 18 mars 2016, la concertation a été de mise avec ces derniers. Il est important de noter que la Ville fait office d’intercommunalité, donc pour agir, il est impératif d’associer les Communes à la base. Je discute eux  sur tous les sujets partagés en permettant à chacun de faire valoir ses arguments pour que la décision ait le maximum de chance d’avoir les effets escomptés sur le terrain. Ce travail collaboratif est fondamental car chacun de nous a un rôle particulier à jouer dans le fonctionnement de la Ville, en tant que collectivité et la réussite de ses projets. Merci à eux et aux chefs de quartier pour leur mobilisation constante.

Comment se décline pour vous au quotidien le concept de gouvernance locale au quotidien ?

Le premier élément reste cette relation de proximité avec les Présidents des Délégations Spéciales sur les questions partagées, le travail avec les chefs de quartiers sans oublier aussi ces échanges avec les autres acteurs évoluant dans la Ville de Conakry (ONG, entreprises, institutions publiques, …). L’intérêt reste pour moi et pour l’institution que je dirige de favoriser un climat de travail, d’être à l’écoute des acteurs et partenaires de la Ville  et de tracer avec eux des perspectives pour faire face aux problèmes que rencontrent les populations. Voilà pourquoi, le dialogue a toujours été maintenu, car il permet très souvent de trouver des solutions voire d’anticiper d’éventuelles situations de « blocage ». Travailler ainsi, et j’en suis convaincu permet à chacun de se sentir concerné, de se mobiliser et de s’investir au service des populations.

La gestion d’une ville n’est pas chose aisée, encore moins une capitale. Quelles difficultés concrètes rencontrez-vous dans l’exercice de vos responsabilités ?

D’une manière générale, nous avons besoin de travailler pour améliorer l’efficacité des politiques publiques locales et renforcer nos capacités institutionnelles est un impératif. Au quotidien, nous avons besoin d’une meilleure organisation des services pour améliorer la performance de nos actions. Il nous faut développer une approche partenariale pour aller à la recherche des financements et la mobilisation du secteur privé est une nécessité dans ce sens. Nous avons aussi besoin d’une meilleure synergie d’action avec les autorités publiques nationales pour imaginer ensemble des solutions capables d’être des réponses aux préoccupations des populations. Pour faire simple, il nous faut aujourd’hui une meilleure organisation interne,  une mobilisation accrue de nos ressources propres, le développement de partenariats publics et privés afin d’aller au bout de nos initiatives.

La guinée s’achemine vers l’organisation des élections locales. Quels enjeux pour la Ville de Conakry et quels messages à l’endroit des populations ?

La Guinée est à une phase importante de son processus de décentralisation avec la mise en œuvre de la lettre de politique nationale de décentralisation et de développement local. Les prochaines élections locales permettront d’avoir un maire à l’échelle de la Ville comme à Dakar, Bamako ou encore Abidjan. Cela serait une avancée pour notre ville Capitale avec des possibilités importantes notamment en termes d’ouverture à l’international, donc de développement. Pour les élections proprement dites, faisons preuve davantage de civisme pour passer ce cap important dans l’ancrage de la décentralisation en Guinée.

Récemment, un corps de la Garde Communale a été relancé dans la Ville de Conakry. On les voit dans de nombreux endroits de la Ville, pourquoi toute cette mobilisation de votre institution ?

Disons tout d’abord que la Garde Communale a existé e n Guinée, elle est prévue par les textes de notre pays et a été remise en route pour contribuer davantage à sécuriser les populations de Conakry dans une logique de « police » de proximité. Avec sa brigade salubrité, elle contribue aussi à rendre la Ville propre, à promouvoir des comportements responsables en matière de salubrité publique. Ces deux éléments sont essentiels à saisir pour vos lecteurs. Nous travaillons à promouvoir une ville sure, saine et propre et cette Garde Communale peut nous être utile dans ce sens. Aujourd’hui, elle est déployée le long des axes routiers de la Ville, sur les places déguerpies, elle veille au bon stationnement des véhicules et est constamment mobilisée pour accompagner diverses activités du Gouvernorat.  Cette garde communale dispose d’une  base logistique au marché de la Gare à Kaloum, elle est dotée d’équipements (tenues, chaussures, …), de matériels roulants (motos, tricycles…) pour effectuer cette mission au service des populations de Conakry.

Monsieur le Gouverneur, venons à l’évènement phare de 2017, Conakry est capitale mondiale du Livre. Les festivités démarrent sous peu, le 23 avril prochain. Comment la ville compte-t-elle pendre toute sa place dans cet événement mondial ?

Déjà, c’est une bonne nouvelle que notre Ville ait été choisie. Je sais que beaucoup d’efforts ont été faits par le Commissariat général pour arriver au niveau des préparatifs actuels. Je félicite tous les acteurs et partenaires déjà mobilisés. La Ville est déjà impliquée dans cette organisation, elle sera présente à tous les rendez-vous et mettra à contribution son réseau institutionnel pour accueillir, héberger nos hôtes et faciliter leur séjour. L’institution mobilisera aussi ses services et agents, les communes et les quartiers pour porter et accompagner cette organisation qui durera une année dans notre capitale. J’invite déjà les citoyens de Conakry, de la Guinée à se sentir concernés et se mobiliser. Nous avons beaucoup à y gagner. Aux autorités nationales et différentes entreprises de la place, je renouvelle ce besoin de soutien à cet événement mondial qui marquera sans nul doute le retour de la Guinée sur la scène culturelle et littéraire mondiale. Merci une de fois de plus, à l’engagement du Président de la République, Chef de l’Etat, le Professeur Alpha Condé qui a fait de Conakry capitale mondial du Livre, événement d’utilité publique.  Cette dimension donne la possibilité à tous les acteurs, publics ou privés qui veulent soutenir cet événement, de le faire sans difficultés.

Un effort important a été déployé au Gouvernorat de la Ville de Conakry en termes d’équipements informatiques avec notamment une connexion internet haut débit. Quels enjeux pour votre institution ?

Il faut simplement avoir à l’évidence que sans ces éléments, il est difficile de travailler aujourd’hui. Internet ouvre des possibilités de travail, de recherche et de formation pour les agents. Cela facilite aussi le travail au quotidien en termes de traitement de différents dossiers techniques. Voilà pourquoi, il est important pour une institution comme la nôtre de disposer de telles facilités pour une administration efficace. Finalement, l’enjeu est d’aller vers une administration capable de fournir des services publics efficients aux populations.

Aujourd’hui, de l’avis de citoyens de Conakry, on circule mieux. Quels regards portez-vous sur cette activité du Gouvernorat et sur le déploiement de la Garde Communale ? 

C’est avant tout une expérience encore et c’est bien si les citoyens constatent déjà que l’on circule mieux. Mes encouragements alors à ces hommes et femmes postés à différents endroits de Conakry et l’ensemble des personnels administratifs et techniques impliqués dans cette action. En quelques mois d’opérationnalité, nous pouvons relever la pertinence du dispositif, même si nous devons encore faire beaucoup d’efforts en termes d’efficacité. Vous savez il n’est pas facile de changer des pratiques parfois très ancrées dans la vie de tous les jours, mais il faut toujours commencer et cette expérience qui est appelée à perdurer pourrait inspirer d’autres villes de la Guinée.  Je profite pour remercier les partenaires de cette action publique, tels la Fondation KPC pour l’humanitaire et exhorte les autres entreprises à venir accompagner de telles initiatives des collectivités locales. Le développement de la base a besoin de partenariats solides (entreprises, institutions publiques, ONG…) car de telles politiques publiques locales coûtent en ressources que les collectivités seules ne peuvent assurer à la longue. Après tout, une ville sure et saine profite à tous.

Après une année d’activités, quelles pourraient être vos actions « phares » ? 

Pour commencer disons qu’en matière de politique publique toutes les actions sont importantes car répondent à un besoin de services aux populations. Néanmoins, pour cette année, nous pourrions retenir :

  • La gestion dans l’urgence des déchets de la Ville de Conakry (ramassage des déchets, curage des caniveaux, ouverture d’accès à la décharge, …)
  • La mise en route de la Garde Communale (équipement, formation, déploiement sur le terrain)
  • La réorganisation des administrations de marché d’intérêt de la Ville pour plus d’efficacité dans la mobilisation des recettes propres,
  • Le renforcement des capacités institutionnelles de la Ville de Conakry (informatisation, équipement, aménagement…),
  • Déguerpissement de lieux insalubres (le long des rails à Coronthie, Tombo)
  • L’organisation de la session du Conseil de Ville le 24 mai 2016
  • La mobilisation de l’institution pour promouvoir la paix et la quiétude sociale,
  • L’organisation de la première édition de « Conakry Ville Lumière » du 20 décembre 2016 au 05 janvier 2017 (illumination de la ville et 5 concerts tenus),
  • Dégagement des goulots d’étranglement à la circulation urbaine (marché Niger, Madina, Gbessia, Marché Matoto, Enta, Enco 5, …)
  • L’accompagnement de Conakry Capitale Mondiale du Livre en 2017 (dotation de siège, mobilisation de personnels, appui financier)
  • Le pavage de certains endroits de la Ville de Conakry (corniche nord à Kaloum, axe Port-Ministère Jeunesse, Dixinn…)
  • La mobilisation des entreprises pour accompagner la Ville dans ses projets.
  • La mise en route de chantiers d’infrastructures (résidence du Gouverneur, base logistique de la Garde Communale, bureaux dans l’enceinte de la cours du Gouvernorat, commissariat de Gbessia)
  • L’appui à l’aménagement des ronds points (Bellevue, Hamldallaye, Enco 5, Constantin, Bambéto, ..) et des parkings dans la Ville (Madina, Dixinn Gare, Ignace Deen)
  • L’animation de multiples cadres d’échanges avec le Communes, les quartiers, des acteurs de la société civile, les entreprises pour trouver des solutions à différents problèmes de la Cité.

Ce sont là des actions parmi tant d’autres qui touchent à tous les champs de développement (infrastructures, renforcement de capacités, rayonnement de la Ville, développement d’activités économiques). Tout ne peut être réussi, mais Je reste convaincu qu’avec une volonté claire et une démarche de travail, même avec des moyens souvent insuffisants, on peut avoir des résultats.  Il ne nous appartient pas au bout de juger, mais aux bénéficiaires des services rendus, à savoir les populations. Au quotidien, mes équipes et moi restons animés de cette volonté de servir la Ville et ses habitants pour en faire un lieu sûr, sain et ouvert à tous.

Au quotidien, quelles approches privilégiez-vous en matière de management pour atteindre vos résultats ?

La première des choses, j’écoute pour recueillir avis et suggestions notamment avec mon Cabinet car le partage du processus de prise de décision est à mon avis essentiel. Cela n’empêche que lorsqu’il faut prendre des responsabilités, je les prends. Au quotidien, je fais toujours en sorte que chacun fasse son travail et cela me permet de disposer d’éléments objectifs pour juger de la qualité des résultats obtenus. Je n’aime pas ronronner, mais plutôt cheminer vers l’efficacité en laissant des possibilités aux personnes avec lesquelles je travaille, d’y contribuer. Donc pour résumer, c’est de l’écoute, de la délégation, de la prise de responsabilité et du jugement sur résultats. Pour moi, le terrain reste le principal juge de l’action publique.

Finalement, en tant que président du Conseil de Ville, quelle est votre approche en matière de développement local ?

La ville de Conakry rencontre beaucoup de difficultés en matière de politiques publiques locales, mais elle a aussi des atouts. Pour relever les défis, il est important d’avoir une stratégie claire capable de mobiliser des acteurs et des partenaires techniques et financiers. C’est dire qu’en interne, il nous faut développer nos capacités techniques et de management pour être capables de porter des initiatives et de les conduire. Les opportunités sont là, aujourd’hui par exemple Conakry est Capitale Mondiale du Livre 2017, c’est dire que du talent cette Ville en possède. Il appartient donc aux pouvoirs publics et l’échelle locale ne fait pas exception de créer de meilleures conditions pour favoriser la mobilisation et l’investissement des autres acteurs (entreprises, ONG, citoyens, …) pour le développement à la base.

Pour la première fois, la Ville de Conakry s’est dotée d’un site internet. Quel intérêt pour la Ville et ses habitants ?

L’accès à l’information est un enjeu crucial de la gouvernance locale. Il est tout à fait normal que nos activités soient connues des populations. Ainsi, chacun pourra juger de la qualité de l’action entreprise. Aujourd’hui, pour une ville avoir un instrument de ce type n’est pas une exception. Conakry à l’mage d’autres villes en Afrique et au monde doit améliorer sans cesse la démarche de conduite de ses actions et cela passe aussi par l’information au public. Ce site internet permet ainsi de créer autrement le lien avec les populations qui sont in fine les bénéficiaires de ce que nous entreprenons ici.

Hormis les activités quotidiennes sur différents projets de la Ville, j’imagine qu’en tant qu’autorité administrative et politique de la Ville de Conakry, vous passez beaucoup de temps aussi à recevoir du monde et à résoudre différents problèmes qui touchent à la vie de la Cité.

Il est vrai qu’un Gouverneur à Conakry est beaucoup occupé, même si je trouve toujours le temps pour échanger avec les populations. Voilà pourquoi, je me définis toujours comme un « homme d’action et du terrain ». Et, en tant que Représentant du Chef de l’Etat, j’assiste à plusieurs cérémonies protocolaires pour représenter cette ville, parler à son nom et essayer au mieux de lui ouvrir des perspectives de développement. Disons simplement qu’en tant que Gouverneur, j’essaie de répondre au mieux quand je suis sollicité de la part de l’autorité de tutelle, le Ministère de l’administration du Territoire et de la Décentralisation, les autres ministères aussi, la Primature et bien évidemment la Présidence de la République. Cela fait partie de mes prérogatives, que j’essaie d’assumer au jour le jour. Finalement, je suis au service de l’Etat et des populations de Conakry.

Monsieur, le Gouverneur, nous sommes au terme de cet entretien, à vous la conclusion

Merci tout d’abord pour la conduite de cet entretien après une année d’intenses activités en tant que Gouverneur et Président du Conseil de Ville de Conakry. C’est l’occasion aussi de remercier mon cabinet, les cadres et agents mais aussi, les Présidents des Délégations Spéciales, les Chefs de quartier, les groupements de femmes et de jeunes … et tous les partenaires techniques et financiers de la Ville de Conakry. Cette année a été riche en activités, avec des conditions de travail parfois difficiles, mais les résultats sont là et des initiatives en cours.  Il nous faut redoubler d’effort pour répondre aux mieux aux préoccupations des populations. Je réaffirme ici et encore la disponibilité de mon institution autour de la construction de partenariats durables avec les entreprises, les ONG, les Collectivités Locales, les institutions financières pour faire de Conakry, une Ville sure, saine et ouverte au monde.

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